Histoire et culture

À la rencontre de Fidel Alejandro Castro Ruz, adulé et honni – Par Roxane Ledan

  • 17 December 2016

En milieu de journée du mercredi 30 novembre 2016, rien ne présageait l’envol de Zilia vers Santiago de Cuba pour assister aux funérailles de Fidel Castro. L’agrément de la radio-télé-web Kiskeya pour qu’elle rejoigne sa délégation, l’empressement sincère de Jackie de lui faciliter l’obtention du visa auprès de l’ambassade, la réservation de chambres dans une arrendador divisa et, enfin, les billets d’avion décrochés gracieusement de la Sunrise Airways laissent Zilia toute étourdie. Et la voici qui débarque, remplie d’émotions, à Santiago de Cuba le jeudi 1er décembre 2016.

Vue partielle de la ville de Santiago de Cuba

Vue partielle de la ville de Santiago de Cuba

Depuis sa tendre enfance aux Cayes où ManYòte lui infligeait toutes gammes de solutions thérapeutiques préventives, ingurgiter un comprimé était pour Zilia une tâche ardue et haïe. Faire la moue face à ces cyniques autorités médicales cubaines contraignant manu militari – sans aucune interrogation sur de possibles allergies, d’une grossesse ou d’un allaitement – d’avaler trois comprimés de 100mg du Doxiciclina antibiotico jeneral ne peut être que passager. Babiller en une langue non maîtrisée, de surcroît, ne conforte en rien non plus. Zilia a le sentiment qu’elle risque de se retrouver déportée dans le même avion qui la zieute sur la piste. Vamonos, ronchonna-t-elle bon gré mal gré, haussant ses épaules en guise de mécontentement mal contenu au-devant de cette exigence.

cuba-old-car1Après les réponses au mille et une questions posées par les agents de l’immigration et de la douane (dont celle qui importait le plus, à savoir si Michou, Tony, Rico – ce pas-trop-ancien candidat à la présidence – et Zilia étaient réellement nés en Haïti), cette ville-musée à travers laquelle défilent d’anciennes voitures des années 50 s’étale indéfiniment. Ce sont des taxis et des voitures à louer. Les quatre mousquetaires contemplent ces véhiculent provenant d’un autre temps. C’est finalement Rico qui les fait embarquer dans une agréable Plymouth de 1955. Le taxi conduit le groupe chez César et Omaris qui accueillent Zilia avec un grand sourire dans leur agréable casa particulares entre cour et jardin à proximité de la Parque Céspedes que domine la Catedral basilica de Nuestra señora de la Asunción. La petite Lucia coopère à cet accueil avenant et tente de faire la conversation dans sa langue maternelle. Zilia enchaîne alors des « Si si Ya Ya » en se promettant qu’à son réveil, le lendemain matin, son espagnol sera meilleur comme si des anges lui transmettraient les secrets de cette langue durant son sommeil.

Parque Céspedes

Parque Céspedes

« Toute destinée pour longue et compliquée qu’elle soit, comprend en réalité un seul moment, celui où l’homme sait à jamais qui il est », a rédigé Jorge Luiz Borges. Pendant que l’ombre de Fidel Castro continue de peser sur celle de Cuba, le cheminement de Zilia à la rencontre de Fidel à Santiago de Cuba se poursuit.

Tony entame une course effrénée pour l’acquisition de ron cubano 25 años de añejamiento – por favor – et de cigares cubains (rendus illégaux pour les neuf jours de deuils nationaux). Michou, soudaine passionnée d’Instagram, amorce une saga contre l’accès à l’internet dont l’utilisation n’est réduite qu’à certaines places publiques contre l’achat de cartes de recharge. Zilia quant à elle part en une quête assourdissante d’images captivantes et d’informations réelles (pour des motifs sécuritaires, les autorités cubaines ayant délibérément circulé des données contradictoires). Les cendres du Commandante les rattrapent ce samedi 3 décembre dans une condition proche de l’exaltation où ils paraissent sur terre, mais sont en réalité transporté hors d’eux-mêmes, conscients de vivre un de ces instants sérieux que l’histoire retiendra.

L’arrivée des cendres

Arrivée des cendres de Fidel Castro dans la ville de Santiago de Cuba

Arrivée des cendres de Fidel Castro dans la ville de Santiago de Cuba

Le cortège funèbre transportant les cendres de Fidel Castro affecté de sept véhicules a traversé, au départ de la Havane le mercredi 30 novembre 2016, treize des quinze provinces de l’île avant de rejoindre Santiago de Cuba le samedi 3 décembre 2016. Badge de presse cubain agrippé à sa ceinture, celui d’Haïti joint par un foulard où le palmiste est repéré au loin (genre nationaliste mal placé dans l’instant) pendu au cou, caméra en bandoulière, perles d’eau issues de ces rayons tranchants de soleil dégoulinant sur ses joues, Zilia – sans sortir sa carte d’audace de temps en temps salutaire – se repère directement sur le côté droit de la carriole blindée de l’urne de Fidel Castro que protègent cinq officiers assis droit d’un tronc raidi. Filles, fils, proches parents et membres du gouvernement del Commandante se soutiennent sur le parvis de cet immeuble gouvernemental pour accueillir les cendres renfermées dans un coffret en cèdre, encapuchonné du drapeau cubain et protégé sous un réceptacle de verre. Pendant les six minutes que dure le premier arrêt des cendres, des milliers de nationaux cantonnent, en une émotion intense, l’hymne national cubain qui retentit dans tous les coins de la place.

L’ivresse de Zilia s’estompe quand l’irruption de pensées concernant sa propre patrie lui provoque une sorte de vague à l’âme. De l’autre côté de la mer, chez elle, le jour du drapeau n’apporte même plus un sentiment d’appartenance citoyenne, recouvrée occasionnellement avec son équipe nationale de foot (laquelle se fait battre inlassablement). Chassant hâtivement ces pensées déchirantes, elle pense à siroter une cuba libre. Mais ces neuf jours de deuil interdit la vente de spiritueux (un peu trop respectée, pensa-t-elle, Haïtienne de son état).

Le taxi Chevrolet noir 1955 affrété par Tony accueille en plus de lui, Michou, trois nouvelles connaissances – deux journalistes mexicains et une franco-néerlandaise – et Zilia. Nonobstant l’insistance du conducteur à dépeindre la fierté de sa bagnole, les échanges se multiplient entre les six, collés les uns aux autres comme des sardines dans une boite. Une traversée inoubliable payée d’un CUC (peso cubain convertible, une des deux monnaies de Cuba avec le peso nacional, CUP) par personne nous conduit à la Plaza de la Revolución vers l’ultime veillée funéraire du Jefe Commandante de la Republica de Cuba. La soirée débute à 7 heures du soir précises avec l’hymne national cubain entonné par des centaines de milliers de Cubains en présence d’individus de tout acabit débarqués de partout du globe. Les discours officiels s’en suivent, entrecoupés par des cris de la foule « Yo soy Fidel » et terminés par celui, plutôt politique qu’émotionnel, de l’actuel chef de l’État, Raúl Castro.

À Santiago de Cuba, berceau de la révolution castriste, se sont déroulées dans la plus stricte intimité les funérailles de Fidel Castro le dimanche 4 décembre 2016. À sa demande, ses cendres ont été placées aux pieds du mausolée de son idole, José Martí. Dans l’après-midi, le cimetière a ouvert ses portes et une longue file d’attente a rapidement été formée par des centaines de personnes venues rendre un dernier hommage à Fidel Castro.

Cendres de Fidel Castro, aux pieds de son idole José Martí

Cendres de Fidel Castro, aux pieds de son idole José Martí

Fidel Alejandro et Raúl Modesto Castro Ruz

Adulé par les uns, honni par les autres, El Jefe Commandante de la Republica de Cuba, Fidel Alejandro Castro Ruz, né le 13 août 1926 à Birán dans la province de Holguin, est mort le 25 novembre 2016 à La Havane.

Il a gouverné cette île durant presque cinquante ans avant de céder le pouvoir en 2006 à son frère Raúl Modesto Castro Ruz; ce dernier, aujourd’hui âgé de 85 ans, prévoit de le passer à une nouvelle génération en 2018.